Lorsque les archéologues pénétrèrent en 1971 dans la sépulture inviolée du roi Muryeong de Baekje, à Gongju, ils découvrirent des parures et un mobilier funéraire demeurés intacts depuis l'an 526 de notre ère. Près du lit funèbre en bois reposait une épée de fer à simple tranchant d'un raffinement saisissant. Sa garde se terminait par un anneau ajouré en bronze doré abritant un dragon aux écailles ciselées en relief, tandis que la fusée conservait de minces rubans de fils d'or et d'argent torsadés. Dans l'archéologie coréenne, cette arme relève de la famille des hwandudaedo, les grandes épées à pommeau annulaire. Bien loin de simples objets d'apparat, ces armes mariaient la technique continentale de l'acier feuilleté aux décors incrustés d'or et d'argent, incarnant le sommet de l'autorité militaire et de la hiérarchie nobiliaire dans l'Asie orientale ancienne.
La silhouette de l'autorité au cœur des tumulus
Dans les tumulus de la période des Trois Royaumes, les armes ne sont pas disposées au hasard. Si les lances en fer ordinaires, les pointes de projectile et les outils agricoles occupent la périphérie des chambres funéraires, les épées à simple tranchant munies de riches pommeaux en anneau reposent contre la cage thoracique ou le long de la cuisse du souverain défunt. Cette disposition reproduit le port de l'épée du vivant de son maître, suspendue à la ceinture à l'horizontale ou selon une légère diagonale. La présence du hwandudaedo proclamait à la fois le commandement militaire et la légitimité souveraine, rattachant son détenteur à des lignées régionales et à des devoirs rituels.
La silhouette de ces épées demeure inimitable. La lame est droite, à simple tranchant, ne s'amincissant que légèrement vers une pointe rabattue ou arrondie. Le regard est aussitôt attiré par le pommeau : une boucle circulaire ou ovale ouverte qui couronne la fusée de bois. Sur les modèles les plus simples, l'anneau prolonge directement la soie en fer, forgée en boucle puis ressoudée à chaud sur elle-même. Sur les armes d'apparat royal, l'anneau constitue une pièce distincte en bronze doré ou en argent, coulée ou ciselée, abritant des créatures mythologiques qui semblent se contorsionner dans cet espace clos.
Ces armes virent le jour au cours d'une ère d'affrontements constants opposant Goguryeo au nord, Baekje au sud-ouest, Silla au sud-est et les entités autonomes de la confédération de Gaya sur la côte méridionale. Ces guerres exigeaient des armes fiables en grand nombre. Parallèlement, les échanges de cadeaux diplomatiques entre ces cours de la péninsule, les dynasties impériales chinoises et le Japon de Yamato réclamaient des objets d'un raffinement suprême, transformant l'épée à pommeau annulaire en un véritable instrument international de prestige.
Origines sur la frontière continentale
L'épée en fer à simple tranchant terminée par un anneau naît sur le continent est-asiatique sous la dynastie des Han occidentaux. Les premières épées en fer chinoises supplantent alors le long jian de bronze comme arme de poing principale de la cavalerie et de l'infanterie, associant un dos épais et résistant à un tranchant unique particulièrement affûté. À l'origine, le pommeau annulaire répond à un besoin mécanique précis : il empêche la main de glisser vers l'arrière lors de la taille, équilibre la lame et offre un point d'attache à une dragonne en tissu.
À mesure que les commanderies administratives des Han, telle celle de Lelang, s'implantent dans le nord de la péninsule coréenne, les traditions métallurgiques continentales se mêlent aux savoir-faire locaux du bronze et du fer. Les élites indigènes adoptent d'abord les couteaux et épées à anneau chinois comme symboles de rang, mais des ateliers péninsulaires se structurent rapidement. Dès le IVe siècle de notre ère, les forgerons locaux réinterprètent le modèle, modifiant ses proportions pour répondre à leurs propres exigences tactiques et cérémonielles.
Sous le marteau des forgerons coréens, le pommeau annulaire quitte sa forme de simple boucle de fer forgé pour devenir le cadre d'une riche iconographie mythologique. Tandis que les ateliers chinois des Han et des Wei-Jin privilégient les anneaux en bronze coulé, les artisans des Trois Royaumes ont recours à la dorure au mercure, à l'incrustation de feuilles d'or et à la fonte à la cire perdue pour muer le pommeau en un champ hautement symbolique. La lame s'allonge, adaptée au combat à pied comme à cheval au fil de l'essor de la cavalerie montée.
Réduction au bas fourneau et corroyage de l'acier
L'assise métallurgique du hwandudaedo repose sur la sidérurgie de la péninsule, en particulier dans les riches bassins miniers de la vallée du fleuve Nakdong, aux mains de Gaya et de Silla. Les fouilles d'anciens fourneaux de réduction, comme ceux de Jinju et de Gimhae, révèlent des bas fourneaux alimentés en sables ferrifères locaux et en minerais de marais, chauffés au charbon de bois de feuillus. Ces installations produisaient une masse spongieuse de fer solide et de scories, la loupe, qui nécessitait un long travail d'affinage secondaire.
Pour transformer cette loupe brute en un acier propre à l'armement, les forgerons de la péninsule procédaient par pliages et martelages répétés. Cette opération fragmentait les inclusions de silicates, densifiait le métal poreux et harmonisait la teneur en carbone au sein du lopin. En repliant une barre de fer sur elle-même dix à vingt fois de suite, l'artisan obtenait un matériau composite formé de centaines de feuillets microscopiques soudés à la forge.
Cette technique de corroyage, désignée dans toute l'Asie orientale continentale sous le terme de bailliam ou fer maintes fois raffiné, donnait un acier capable de conserver un tranchant acéré sans se briser sous la violence des chocs. Les analyses métallographiques menées sur des sections de lames exhumées mettent en évidence des bandes distinctes de ferrite et de perlite, attestant la maîtrise délibérée du taux de carbone lors des phases de soudure par forgeage.
Géométrie de la lame et traitement thermique sélectif
Loin des lames courbes des siècles ultérieurs, le hwandudaedo demeure résolument droit. La section transversale se révèle le plus souvent cunéiforme ou triangulaire, dotée d'un dos plat et massif qui assure la rigidité structurelle avant de s'amincir régulièrement vers le biseau principal du tranchant. Certaines pièces présentent un biseau asymétrique à décrochement : un pan reste plat tandis que l'autre porte un épaulement net, renforçant ainsi la résistance du fil face aux armures.
L'épaisseur au talon, là où la lame émerge de la garde, était considérable, atteignant souvent six à huit millimètres. La pièce ne s'amincissait que modérément sur sa longueur, maintenant une masse importante près du centre de percussion pour asséner des coups de taille redoutables contre les armures lamellaires de fer et les cuirasses de cuir laqué. La pointe présentait généralement un bris anguleux, formant une extrémité renforcée conçue pour percer les jointures des plaques défensives.
Pour durcir le tranchant, les forgerons appliquaient un traitement thermique qui préfigurait la trempe sélective japonaise. En enduisant le dos d'argile isolante ou en refroidissant vivement la lame dans l'eau ou l'huile, le fil se transformait en une martensite dure, tandis que le dos conservait un mélange plus souple et résilient de ferrite et de perlite. En raison de la profonde corrosion causée par des siècles d'enfouissement dans des sols acides, cette ligne de trempe reste rarement visible à l'œil nu sur les découvertes péninsulaires, mais les examens microscopiques confirment sa présence sur les spécimens les mieux conservés.
Forgeage et montage du pommeau annulaire
Le mode d'assemblage entre la soie de la lame et le pommeau annulaire traduit le niveau technique de l'épée. Dans la catégorie la plus simple, dite sodal-hwandu ou épée à anneau uni, le forgeron étirait la soie en fer, enroulait son extrémité distale autour de la bigorne de l'enclume pour former une boucle nette en larme ou en cercle, puis ressoudait ou rivetait l'extrémité sur la soie. La poignée et la lame ne formaient ainsi qu'une seule pièce de fer continue.
Sur les épées de rang supérieur, le pommeau était conçu comme un élément d'ornement indépendant. Le forgeron ou le bronzier coulait l'anneau à la cire perdue ou le sculptait dans un bloc massif d'alliage de cuivre ou de fer. La base de cet anneau se terminait par une douille creuse ou deux pattes de fixation destinées à s'emboîter sur l'âme en bois de la fusée et sur l'extrémité de la soie de fer.
Une fois ajusté, l'anneau était fixé par des rivets transversaux de cuivre ou de fer traversant la virole, l'âme de bois et la soie métallique. Sur certaines pièces royales, comme celles des tombes royales de Silla à Gyeongju, la jointure était renforcée par une brasure à l'argent ou des alliages de cuivre fondus. Cette conception modulaire permettait aux orfèvres et aux armuriers de travailler de concert, unissant un acier d'armement d'une grande pureté à la préciosité des métaux ouvragés.
L'iconographie du pouvoir : dragon, phénix et trèfle
Les archéologues classent les hwandudaedo ornés en différentes catégories typologiques selon le motif inséré dans l'anneau. Ces figures servaient de marques visibles du rang au sein des strictes hiérarchies aristocratiques des royaumes coréens. L'anneau nu revenait aux cavaliers ordinaires et aux officiers subalternes. À mesure que l'on s'élevait dans l'échelle sociale, l'espace intérieur de l'anneau accueillait des compositions symboliques de plus en plus complexes :
Les grands types décoratifs mis au jour dans les nécropoles des Trois Royaumes traduisent des rangs précis et des prérogatives princières :
Les figures du dragon (ryong) et du phénix (bonghwang) portent une charge cosmologique profonde. Dans la tombe royale de Cheonmachong (la tombe du Cheval céleste), à Silla, le hwandudaedo exhumé présente deux dragons enlacés fondus dans l'anneau, gueule béante, enserrant un joyau central. Dans les tombes de Baekje, en particulier celle du roi Muryeong, la préférence allait aux pommeaux à dragon unique, où le corps du reptile s'enroule étroitement pour occuper l'espace ovale sans toucher le bord extérieur en dehors de ses points d'ancrage. Ces créatures incarnaient la force souveraine, le mandat céleste et la protection dans l'au-delà.
Les grands types décoratifs mis au jour dans les nécropoles des Trois Royaumes traduisent des rangs précis et des prérogatives princières:
- Samyeop-hwandu : pommeaux trilobés, dont l'intérieur dessine un motif végétal ou une feuille de lotus à trois lobes, fréquents chez les élites régionales et les commandants alliés de Gaya et de Baekje.
- Duryong-hwandu : pommeaux à dragon unique, présentant un corps serpentin lové aux écailles ciselées, armé de griffes et montrant un museau ouvert, emblématiques de la haute royauté.
- Ssangryong-hwandu : pommeaux à deux dragons, figurant deux créatures affrontées en miroir ou entrelaçant leurs cous autour d'une sphère centrale.
- Bonghwang-hwandu : pommeaux à tête de phénix, montrant le profil altier d'un oiseau au bec recourbé, aux plumes huppées et à l'œil expressif, réservés aux plus hauts dignitaires de la cour.
Incrustation et dorure au mercure : la technique de l'ipgusa
L'ornementation métallique des épées des Trois Royaumes dépassait largement la simple fonte. Les artisans de la péninsule maîtrisaient l'ipgusa, l'art de creuser le fer pour y marteler de fins fils ou de minces feuilles d'or et d'argent. Sur la virole, l'embouchure du fourreau et les épaulements de la lame, les forgerons gravaient des croisillons dans le fer froid à l'aide de burins d'acier trempé, puis y battaient des feuilles d'or, façonnant des frises géométriques chatoyantes qui ne se détachaient jamais.
La dorure au mercure, ou dorure au feu, constituait le procédé d'élection pour la finition des garnitures de bronze. Les artisans dissolvaient de l'or pur dans du mercure chaud pour obtenir une pâte malléable appelée amalgame. Ils étalaient cet amalgame sur le bronze ciselé du pommeau, puis passaient la pièce sur des braises de charbon de bois. Le mercure s'évaporait sous forme de vapeurs toxiques, laissant à la surface du bronze une couche continue et fermement liée d'or pur.
Après refroidissement, la surface était avivée à l'aide d'une pointe d'agate ou de fer poli. Ce brunissage écrasait les micropores laissés par l'évaporation du mercure et donnait un éclat vif et réfléchissant. Au-delà de sa splendeur esthétique, cette couche dorée jouait un rôle protecteur essentiel : elle formait une barrière étanche contre l'humidité et l'acidité de la sueur, préservant l'alliage de cuivre sous-jacent de la corrosion lors d'un maniement prolongé.
Structure de la fusée et matériaux organiques
Sous les montures d'or étincelant et les ligatures de fils précieux se dissimulait une ossature organique conçue pour absorber l'onde de choc des coups. L'âme de la fusée se composait de deux plaquettes sculptées dans un bois dur et dense, tel le chêne, le poirier ou le zelkova. Ces deux moitiés étaient évidées pour épouser parfaitement la soie plate en fer, empêchant tout jeu mécanique entre la lame d'acier et la poignée.
Afin d'assurer une prise ferme par temps de pluie ou dans le sang, l'âme de bois était recouverte de matières organiques. Les armes d'apparat recevaient fréquemment une enveloppe de peau de raie ou de requin (same-hada), très prisée pour sa texture perlée et calcifiée qui s'ancrait naturellement dans la paume. Par-dessus ce galuchat, les artisans tressaient de fins cordonnets de soie ou enroulaient des fils d'or et d'argent en spirales alternées.
De petites viroles et des entretoises en métal coulé, appelées goe-geum, ceignaient chaque extrémité de la fusée. Ces frettes empêchaient les éclisses de bois de s'écarter ou de se fendre lors des impacts. Sur les épées royales de Baekje et de Silla, ces bagues étaient ciselées d'enroulements de rinceaux, de palmettes et serties de grenats minuscules ou de perles de verre, créant une transition raffinée entre l'acier nu de la lame et la texture chaude de la garde.
Le fourreau et la suspension équestre à deux points
Une épée destinée à la cavalerie ne saurait être simplement glissée dans une écharpe : le trot et le galop la précipiteraient rapidement à terre. Les fourreaux de hwandudaedo étaient des gaines de bois ajustées avec rigueur, formées de deux lattes évidées assemblées à la colle de poisson, enveloppées d'une toile de soie ou de chanvre, puis enduites de multiples couches de laque urushi naturelle. En polymérisant, cette laque formait une carapace imperméable qui protégeait la lame de fer de l'humidité atmosphérique.
Les fourreaux des élites portaient deux attaches de suspension distinctes disposées sur l'un des côtés. Ces passants, souvent en forme de P stylisé ou garnis d'anneaux de bronze articulés, recevaient les lanières de cuir reliées au ceinturon du cavalier. Ce système de suspension en deux points maintenait l'épée à l'horizontale ou inclinée vers l'avant, permettant un dégainement prompt et fluide de la main droite en selle.
La bouterolle située à l'extrémité du fourreau, appelée malli, évitait que le bois fragile ne soit écrasé contre les étriers ou les rochers. Fondue en bronze ou façonnée à partir d'une tôle de fer repliée, elle reprenait les motifs ornementaux du pommeau, déclinant des trèfles ajourés ou des volutes de palmettes. Sur certains fourreaux royaux de Silla, toute la longueur du fût de bois était gainée d'une feuille d'or ajourée posée sur une écorce laquée de rouge, transformant le fourreau en une éclatante bande d'or.
Traditions régionales : Gaya, Baekje, Silla et Goguryeo
Bien que les Trois Royaumes aient partagé une base métallurgique commune, chacun développa une identité stylistique propre, qui permet aujourd'hui aux archéologues de reconnaître l'origine des ateliers et les voies d'échange :
Ces variations régionales s'exprimaient dans la géométrie de l'anneau, le relief de la fonte et les choix iconographiques :
Les épées de Goguryeo, connues principalement par les fresques de leurs tombes à chambre de pierre et les forteresses septentrionales comme Ji'an, privilégient une sobriété fonctionnelle ; elles conservent souvent des pommeaux en fer ornés de dragons incrustés d'argent plutôt que de lourdes fontes dorées. Les créations de Baekje, issues de Buyeo et de Gongju, se distinguent par la fluidité de leurs lignes et l'élégance de leurs sculptures, reflets d'échanges maritimes directs avec les dynasties du sud de la Chine. Les armes de Silla, extraites des monumentales tombes à chambre de bois sous tumulus de Gyeongju, témoignent d'une magnificence éclatante, soulignée par de massives feuilles d'or pur et des décors de granulation. Les épées de Gaya enfin, notamment celles des sépultures de Daegaya à Goryeong, attestent une pureté de fer remarquable et une prédilection pour des pommeaux trilobés ajourés d'une grande rigueur.
Ces variations régionales s'exprimaient dans la géométrie de l'anneau, le relief de la fonte et les choix iconographiques:
- Baekje : caractérisé par des représentations naturalistes et raffinées de dragons, des tiges végétales ondulantes et de subtiles incrustations de fil sur les viroles, comme l'illustrent les pièces de la tombe du roi Muryeong.
- Silla : réputé pour la richesse de son orfèvrerie de surface, ses épaisses fontes de bronze doré au mercure, ses motifs de dragons géminés et ses fourreaux entièrement recouverts de feuilles d'or.
- Gaya : remarquable par la netteté de ses formes, ses puissants anneaux trilobés ajourés et la qualité exceptionnelle du fer affiné dans les bas fourneaux de la vallée du Nakdong.
- Goguryeo : reconnaissable à ses lignes pures et tendues, faisant la part belle aux incrustations d'argent sur fer forgé sombre, conçues pour les rudes exigences de la cavalerie des marches du nord.
Échanges maritimes et diplomatie du prestige
Le hwandudaedo ne se cantonna pas à la péninsule coréenne : il tint une place centrale dans les relations diplomatiques du monde maritime d'Asie orientale. Aux Ve et VIe siècles, les cours coréennes offraient ces épées ouvragées aux chefs de Yamato dans l'archipel japonais. Ces présents scellaient des alliances militaires, consacraient des légitimités locales et accompagnaient la venue de scribes, de potiers et d'artisans du métal.
L'épée à sept branches (Chiljido), conservée au sanctuaire d'Isonokami à Nara, constitue l'un des témoignages les plus célèbres de ces échanges. Bien que sa morphologie à excroissances latérales soit unique, son inscription incrustée d'or atteste qu'elle fut forgée à Baekje pour être offerte à un souverain de Yamato. Les fouilles menées dans les kofun japonais — notamment le tumulus d'Eta Funayama dans la préfecture de Kumamoto — livrent régulièrement des hwandudaedo aux caractéristiques techniques coréennes, qu'il s'agisse de garnitures à dragons ou de dos de lame damasquinés d'argent.
Dans l'archipel, ces lames péninsulaires d'importation étaient appelées kanto-tachi (tachi à pommeau en anneau). Elles formaient le cœur prestigieux des arsenaux primitifs de Yamato, confirmant que le savoir-faire de l'acier corroyé, de la dorure au mercure et des pommeaux zoomorphes s'est diffusé directement depuis les forges de la péninsule vers l'armement du Japon protohistorique.
Taphonomie et archéologie funéraire
La majorité des hwandudaedo parvenus jusqu'à nous doivent leur conservation à l'architecture funéraire des Trois Royaumes. À Silla, les tombes monumentales à chambre de bois sous cairn de pierre (dolmuji teokgwanmyo) ont créé des conditions de préservation exceptionnelles. La chambre de bois était édifiée, entourée d'épaisses couches de galets de rivière, puis recouverte d'un tumulus de terre. Lorsque les toitures de charpente finirent par céder sous le poids, les galets s'effondrèrent vers l'intérieur, écrasant les cercueils et scellant les dépôts sous des tonnes de pierre.
Cet effondrement a instauré un milieu clos, privé d'oxygène, qui a soustrait les métaux aux courants d'eaux souterraines et à l'air libre. Les lames de fer ont subsisté, bien que profondément oxydées et transformées en couches fragiles de magnétite et de goethite. Les éléments de bronze, d'argent et d'or ont bien mieux résisté : l'or demeure inaltérable, l'argent s'est paré d'une patine protectrice de sulfure sombre, et le bronze doré a conservé tout son éclat là où le cuivre sous-jacent est resté intact.
Dans les tombes en ciste de pierre, telles qu'on en trouve à Baekje et à Gaya, les conditions taphonomiques furent souvent plus rudes. Les infiltrations d'eaux acides ont fréquemment dissous le fer sans protection, ne laissant des lames que des coques de rouille évidées ou des concrétions amalgamées au sable. Lors des fouilles, les archéologues doivent consolider ce métal dégradé à l'aide de résines synthétiques avant tout prélèvement, afin de sauver les vestiges organiques fragiles, tels les fragments de fourreau en bois et les cordonnets de soie encore plaqués sur le fer corrodé.
Sciences de la conservation et métallurgie de laboratoire
Les laboratoires de conservation contemporains, à l'image de ceux du Musée national de Corée, recourent à des méthodes d'examen non destructives de pointe pour étudier et stabiliser ces armes séculaires. La radiographie aux rayons X à haute énergie et la microtomographie assistée par ordinateur (micro-CT) percent l'épaisse gangue d'oxydes de fer. Ces examens révèlent des structures dissimulées : le tracé précis de la soie dans la fusée de bois, l'emplacement des rivets internes ou de fins décors filiformes noyés sous la rouille.
L'analyse métallographique, pratiquée sur d'infimes éclats prélevés au tranchant des lames fracturées, permet de restituer les cycles thermiques appliqués par les forgerons de l'époque. En observant la microstructure cristalline et la composition des scories au microscope électronique à balayage couplé à la spectrométrie de rayons X à dispersion d'énergie (MEB-EDS), les chercheurs parviennent à relier le minerai de fer à des bassins fluviaux précis et à identifier les fondants utilisés lors de la réduction.
Les protocoles de nettoyage excluent désormais les décapages chimiques agressifs, qui anéantiraient les empreintes de textiles et les fibres de bois fossilisées dans la corrosion. Les restaurateurs privilégient le micro-sablage et le travail minutieux au scalpel sous loupe binoculaire, suivis d'un traitement au benzotriazole pour stabiliser les bronzes et d'une conservation en atmosphère à très faible humidité afin d'enrayer la maladie du bronze et les suintements corrosifs du fer.
Le déclin du pommeau annulaire
Vers la fin du VIIe siècle, l'équilibre géopolitique de la Corée bascule définitivement. Silla, allié à la dynastie chinoise des Tang, unifie la péninsule, mettant un terme à l'indépendance de Baekje et de Goguryeo, après avoir déjà absorbé Gaya. Cette unification s'accompagne d'une profonde mutation des armements, du costume de cour et des parures militaires, sous l'influence directe de la culture matérielle des Tang.
Le pommeau annulaire s'efface alors peu à peu des champs de bataille. Il cède la place à des épées pourvues de pommeaux fermés, de gardes trilobées et de poignées droites inspirées du dao des Tang. Ces nouvelles armes abandonnent la boucle ouverte pour une calotte arrondie ou recourbée qui s'aligne sur la chape du fourreau, offrant une monture plus compacte, mieux adaptée aux engagements rapides et à la dotation standardisée de la cavalerie.
Même si le hwandudaedo déserta le combat réel, son héritage demeura vivant dans le vocabulaire ornemental des armes coréennes. Les figures forgées par les maîtres des Trois Royaumes — dragons entrelacés, rinceaux de palmettes et fines incrustations de fil — resurgirent sur les épées cérémonielles des dynasties de Goryeo et de Joseon, à l'image du Byeolunggeom. Les antiques épées à pommeau en anneau exhumées des tumulus demeurent ainsi le témoin matériel irremplaçable d'une époque où métallurgie du fer, pensée cosmologique et prestige du souverain s'unissaient en une arme souveraine.
Sources et lectures complémentaires
Consultez les sources pour étudier l’objet et son contexte historique.
Musée national de Corée, exposition permanente : Préhistoire et histoire ancienne (Trois Royaumes)Source externe · S’ouvre dans un nouvel onglet Musée national de Buyeo, catalogue de la collection de la tombe du roi MuryeongSource externe · S’ouvre dans un nouvel onglet Musée national de Gyeongju, tumulus de Silla et artéfacts aux couronnes d'orSource externe · S’ouvre dans un nouvel onglet